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Arcadia - Tom Stoppard

Pourquoi cette pièce ? Pour une raison simple et triviale : je suis tombée dessus à la Média et Tom Riley avait joué Septimus dans la pièce qui avait été montée à Broadway l'année dernière.

001015096.jpgTitre : Arcadia
Auteur : Tom Stoppard
Edition : Actes Sud, adaptation française de Jean-Marie Besset

Résumé : "Qu'est-ce qu'une étreinte charnelle, Septimus ?" C'est une lady Thomasina Coverly de treize ans qui pose cette question à son précepteur dans une propriété du Derbyshire en avril 1809. Dans la scène suivante, de nos jours, un universitaire quadragénaire entre dans la même pièce : il fait une recherche sur un poète ayant séjourné dans la propriété au début du XIXème siècle.  Et derrière cette énigme, cette autre : pourquoi Byron a-t-il subitement quitté l'Angleterre en 1809 ? Quel scandale est arrivé à Sidley Park ? (...)

Pendant ma lecture je n'ai cessé de regretter deux choses : le fait de ne l'avoir découverte que maintenant et que la pièce n'ait pas été montée à Londres plutôt que New-York (car alors je serais allée la voir et l'aurait découverte plus tôt)

Dans Arcadia, deux époques se mêlent : l'année 1809 et le présent (on va dire 1993, année à laquelle a été montée la pièce), et chaque scène alterne entre l'une ou l'autre époque, parfois même mélange les deux dans un jeu de miroirs absolument magique où les personnages de 1993 ont une conversation avec ceux de 1809 (acte II, scène 7), où les personnages de 1809 écrivent ce que ceux de 1993 lisent au même moment, où l'on boit en 1993 l'eau versée dans un verre en 1809... 

Le ton est tellement vivant et plaisant, et les faits s'enchaînent si bien qu'on a l'impression de lire un roman. Sur le papier c'est fantastique, je n'ose imaginer ce que ça donnerait sur scène !

2160282.jpg(1809 au premier plan. 1993 au second plan)

Tout l'intérêt et la force de la pièce réside dans ce mélange des époques : les questions que se posent les héros du présents dans une scène trouvent leur réponse dans les actions des héros du passé dans la pièce suivante. C'est d'ailleurs très drôle de voir les héros du présent se lancer dans des théories farfelues qui sont totalement démontées à la réplique suivante par un héros du passé.

Voilà d'ailleurs un autre point fort de la pièce : son ton comique. Les personnages (surtout du passé) prennent tout au pied de la lettre, jouent avec les mots, ironisent, se moquent, nous font lire entre les lignes... J'aime autant les personnages du présent que ceux du passé, mais j'avoue tout de même une préférence pour ceux du passé. Surtout Septimus et Lady Gray !

4160287.jpg(Quand passé et présent se mêlent autour d'une même table...)

J'aime tout particulièrement cette scène entre Thomasina et sa mère :

Lady Gray : (...) Si bien que je peux dire avec le peintre : "Et in Arcadia ego!" "Et me voici en Arcadie!" Thomasina.... ?
Thomasina : Oui, maman, si ça vous fait plaisir....
Lady Gray : En a-t-elle après mon goût ou après mon latin ?
Thomasina : Les deux pourraient prêter à redire, maman. Mais c'est plutôt votre géographie qui est en cause...
Lady Gray : Il est arrivé quelque chose à cette enfant, depuis la dernière fois que je l'ai vu... Ce devait être hier soir... Quel âge avez-vous ce matin ?
Thomasina : Treize ans et dix mois, maman.
Lady Gray : Treize ans et dix mois ! Il n'est pas question qu'elle devienne insolente avant au moins six mois. Ni qu'elle ait des notions de goût encore longtemps.

Et une réplique qui montre à quel point Lady Gray a tout compris à la vie :

Lady Gray : A quoi servirait d'avoir des amis, si ce n'était à emprunter des livres ?
(Acte I, scène 3)

Et une autre scène avec Septimus :

Chater : (...) Enfin, en un mot monsieur, si vous avez à me parler, adressez-vous au capitaine Brice.
Septimus : Comme c'est étrange. (Au capitaine.) Votre femme, monsieur, n'est pas parue de la journée d'hier. Serait-elle souffrante ?
Brice : Ma femme ? Je n'ai pas de femme ! Que voulez-vous dire ?
Septimus (innocent, à Chater). Je ne suis pas sûr de comprendre le principe, Chater. A qui dois-je m'adresser si je veux parler au capitaine ?

Irrésistible n'est-ce pas ? ^^

Arcadia c'est, comme le dit la 4ème de couverture, une pièce où "le passé et le présent se mettent à dialoguer dans de virtuoses jeux de miroirs où se reflètent également d'autres débats, entre classicisme et romantisme, sensation et raison, géométrie et chaos, poésie" (...) Et oui, même si des fois on s'y perd un peu dans les débats, on ne peut qu'être fascinés par les discussions entre les personnages et leurs démonstrations qui semblent si... logiques.

A (re)découvrir. Vite !

PS : Les photos sont bien évidemment tirées de la pièce avec Tom Riley en Septimus. Et on dit merci à Broadway.com !

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Commentaires

  • Ton avis donne envie. Je note.

  • Oui note ! C'est une pièce vraiment bien et très facile à lire (les théories de Septimus un peu moins je l'avoue)

  • Un tel sujet d'article... publié à cette date-là précisément... je n'ai pu qu'y voir un signe ! Comment ne pas réagir ?! *jubile jubile* Bravo, en tout cas, de parler de cette pièce, et de permettre de la faire connaître un peu plus. Pour ma part, je l'ai découverte et lue (en anglais ! d'abord très studieusement, puis, rapidement, avec un enthousiasme formidable) il y a des années. Je l'ai adorée et, du coup, relue plusieurs fois. J'ai même eu la chance de la voir jouée à Paris (en français !, j'avais vraiment peur que ça dénature tout, mais ça n'a pas été le cas, et j'ai pris beaucoup de plaisir à cette représentation). C'est une histoire à la fois tellement jolie, drôle et... si intelligente ! Dans le texte original, on glousse à chaque réplique, on admire le choix des mots, la tournure des phrases, les idées... C'est vraiment une pièce géniale. Y repenser me donne envie de la relire encore... ! Les personnages qui me touchent le plus sont Septimus et Tomasina : le jeune homme cynique et l'enfant surdouée... Tom Stoppard a réellement écrit un chef-d'oeuvre ici. Son scénario pour "Shakespeare in love" m'avait beaucoup déçue ensuite... peut-être parce que j'en attendais énormément. Par contre, "Brazil", réalisé par Terry Gilliam, dans un tout autre genre, c'est énorme ! lol.
    Merci encore d'avoir parlé de cette oeuvre qui me tient tant à coeur ! C'est un vrai petit bonheur du quotidien que ce genre de surprise-là... ; )

  • Et moi je jubile de voir quelqu'un qui connait cette pièce =D
    J'avais lu des extraits en anglais avant de lire la pièce dans son intégralité en français et j'ai trouvé cette adaptation très bien quand même. Quelle chance d'avoir pu la voir sur scène ! J'espère qu'elle sera rejouée un jour, à Londres ou Paris.
    Et oui, Thomasina (je prends l'orthographe de la VF) et Septimus sont vraiment de formidables personnages :)

    La version originale fait partie mes futurs achats londoniens. J'éditerai sans doute mon article dès que ça sera lu et te tiens au courant =D

  • Non, Thomasina s'écrit bien avec un "h", c'est moi qui l'ai oublié, par contamination avec le prénom "Tom" (Stoppard) que j'avais en tête. Rhôôô, désolée -_-' .
    La version originale que j'avais achetée il y a bien longtemps est un livre tout blanc avec une photo d'un bâtiment en pierre "à l'antique" perdu dans la nature luxuriante d'un parc verdoyant, avec pelouse et lac. De chez Faber & Faber. J'avais été fascinée par le calme et le mystère qui se dégageait du lieu. Je viens de trouver aujourd'hui cette affiche : http://globalfilmvillage.com/wp-content/uploads/2010/06/Tom-Stoppards-Arcadia.png qui représente bien l'idée de l'histoire, je trouve. Quand on aime la nature, les jardins, on ne peut qu'être ému et comprendre le fonctionnement de cette pièce et les préoccupations des personnages : l'importance d'un lieu, sa mémoire, sa vie, ses secrets, ses trésors. As-tu vu les illustrations représentant le domaine à différentes époques faites pour la pièce ? Les voici : http://www.arionpress.com/images/matthews/gallery62.html
    Dans la représentation que j'avais eu le plaisir de voir, c'était Denis Podalydès qui interprétait le personnage de Valentine Coverly, l'étudiant en mathématiques à l'époque moderne. J'avais particulièrement apprécié de voir comment la mise en scène se débrouillait pour donner à voir en parallèle deux époques, et même parfois en simultané ! C'est un sujet très philosophique que cette réflexion sur le passage du temps et tout ce que cela implique. Le personnage de Gus est très touchant aussi, et je viens de me souvenir de l'usage qui est fait des tortues (si mignon et amusant) !
    Enfin, si tu aimes les jardins, je te renvoie pour le plaisir des yeux, aux très belles illustrations faites par Angela Barrett pour "La Belle et la Bête" que j'ai publiées sur mon blog. En voilà une avec un détail qui m'a rappelé "Arcadia" ! : http://tiny.cc/o2ofe
    J'ai hâte de lire ton avis concernant la lecture de la version originale ! ^^

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